Amants, à moi  

Fantômes du passé venant me rendre visite,
Cette douce mélodie, cette voix, ce regard, ces mains...
Ses mains, dans les miennes.
Lorsque nos corps s’entrelacent et ne font qu’un.
J’attends avec impatience le moment où tu reviendras
    -Non.
J’attends ardemment le moment où ton nom ne me fera plus mal
J’attends le moment où tu ne me manqueras plus
Je m’attends enfin,
Moi.
extrait Tel(l) me - 2024 

"Ce que j’ai tenté de défendre maladroitement, au cours de ce travail, est
que nous, les femmes puissions disposer librement de notre corps sans
qu’un jugement moral soit émis, car les personnes qui décident d’exercer
un métier qui se rapporte au sexe n’ont pas moins de valeur qu’un autre
citoyen.
Comme l’exprime Steven Knight le réalisateur de la série Peaky blinders
à travers son personnage Thomas Shelby : « Everyone’s a whore, Grace.
We just sell different parts of ourselves ». Certes, Shelby affirme cela de
manière un peu plus vulgaire que notre cher et tendre Karl Marx.
Juste une petite piqûre de rappel pour Marx : les rapports de production
dans la société capitaliste sont un rapport d’exploitation de l’homme par
l’homme. Les propriétaires du capital s’approprient la survaleur créée par
les prolétaires. Dans la société capitaliste dans laquelle nous vivons, il est
nécessaire de vendre son corps pour survivre. Un travailleur du BTP vend
son corps, sa force physique.
De la même façon, pour Virginie DESPENTES, dans King kong théorie ,
le mariage de type patriarcal est comme une forme de prostitution ; les
femmes vendent leur corps à leur conjoint en échange d’un mode de vie,
d’un « confort » domestique, de la paix sociale, et l’obtention de moyens
de subsistance. En effet, avant la possibilité d’ouvrir un compte bancaire
en tant que femme ou le développement du travail salarié pour les femmes,
celles-ci étaient dans l’obligation sociale de se trouver un bon mari ! Ma
grand-mère quand elle me parlait de cela me disait souvent qu’il fallait
qu’elle en choisisse “un pas trop con” !
En somme, dans les relations de travail, dans la société comme du point de
vue intime et domestique, on est tous la pute de quelqu’un."

Résolution, 1955 - 2026 
Des lettres écrites, envoyées, ouvertes puis lues il y a 70 ans.
Je les découvre dans un tas de papiers récupéré lorsque « la maison d’la mamie » a été vidée.
Un amas fragile : documents, correspondances, images, reliques de papier.
Une vie rassemblée sans ordre apparent, réduite à presque rien.
En m’approchant, quelque chose se met en place.
Des liens apparaissent, une chronologie se dessine.
Le tas devient récit.
Je m’attarde sur ces lettres, adressées à ma grand-mère et à mon grand-père.
Une correspondance d’abord discrète, puis peu à peu plus ardente.
J’imagine l’attente, les gestes répétés, le temps entre chaque envoi.
Les traces sont encore là :
ouvrir une enveloppe, poser une tasse, écrire, corriger.
Des mains anonymes pour vous, familière pour moi, mais toujours persistantes.
Puis le geste change.
Je scanne.
Le papier ou l’object devient image, l’image devient pixels.
Chaque pli, chaque tache, chaque trace est capturée, transformée, archivée.
Le tas disparaît comme objet, mais se recompose autrement.
Fragmenté, découpé, superposé.
Les images finales sont des collages numériques :
une tentative de reconstituer ce tas sans jamais le retrouver.
Ce qui subsiste, c’est une translation.
Une mémoire déplacée, traduite d’un support à un autre.
Entre le papier et l’écran, quelque chose persiste :
les gestes, le temps, et le désir
Au nom du père, 2024 
 
Ce n’est pas vraiment mon idée. C’est celle de mon père, ou plutôt :
Une image née dans ses silences.
Pendant des mois, il a regardé depuis une chambre d’hôpital
Un monde qui lui faisait face
De l’autre côté de la rue un monde habité de femmes en habits
Passant comme des ombres, dans les couloirs, sous sa fenêtre.
Silencieuses, discrètes.

Il vient d’une famille croyante. Une foi transmise par sa mère
Très pieuse, très discrète aussi
Peut-être cherchait-il à la rejoindre, à sa manière
En se rapprochant d’un lieu
D’un souvenir, d’une paix.
À sa sortie, il est allé à leur rencontre
Timidement
Un mot
Un geste.

Moi, j’ai grandi avec un père exigeant
Fermé comme un livre qu’on n’ose pas ouvrir
Un corps sportif, un regard dur.
Et puis un jour il me parle d’une photo
Une image qu’il porte depuis longtemps
Il a une idée très précise l’image est déjà construite.

Des silhouettes avançant
Sous un ciel chargé
Vers cette statue du Christ
Aux bras ouverts
Dissimulée derrière des arbres
Au bout d’une allée bordée de champs.

Alors j’ai marché à ses côtés, Je l’ai suivi
J’ai poussé les grilles du couvent du Rosaire
Je l’ai suivi, mon père, dans ses souvenirs, dans ses silences.

Nous arpentons les lieux passant par le cimetière, la laiterie, le jardin…
Puis nous avons rencontré les sœurs
Nous découvrons leur douceur et leur accueil.
Étonnamment, mon père et ces dames ont tant à partager
Elles nous ont parlé d’un temps que je ne connaissais pas
Des terres lointaines, de leur jeunesse, de leurs envies.
Des inconnues devenues familières
À l’instar de mon père.

Parfois, on ne disait rien. Le silence avait le goût du thé et de la chaleur d’une main 
posée sur la vôtre
Celle de ma grand-mère et je la revois
Avec sa blouse bleue
Là, ici.. juste devant sa porte d’entrée.

Je les écoute, je bois leurs paroles comme on savoure un secret.
Je découvre mon père autrement, tendre, présent humain.
Je deviens témoin presque invisible. Je regarde j’apprends. Je comprends enfin.

Cette série est pour lui
Pour elles
Pour ma grand-mère
Pour tout ce qui se transmet sans bruit.

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